La restauration de la franc-maçonnerie traditionnelle commande que l’on ait une claire compréhension de la franc-maçonnerie.
Les rituels maçonniques aident à cette compréhension dans la mesure où ils n’ont pas été revus et réformés au fil des temps.
Or, ces révisions et réformes ont été nombreuses, pour certains d’eux du moins, et nombre de francs-maçons, peut-être trop dociles et certainement peu curieux, ont forgés leur compréhension sur ces derniers.
C’est ainsi, notamment, que c’est construite cette aberration d’une franc-maçonnerie dite « libérale », alors qu’elle dépend d’un Ordre par définition soumis à une règle.
Mais les certitudes humaines prennent naissance dans l’éducation, au point qu’un enseignement erroné peut s’incruster dans les esprits et, avec le temps, prendre figure de vérité.
Peu à peu, l’histoire creuse ses fondations, élève ses murs, la recouvre, et la fausse vérité, à laquelle les siècles donnent majesté, siège alors dans une temple où ne trône que l’erreur.
Il faut s’armer de beaucoup de volonté et de persévérance pour dénoncer cette substitution, cette sorte de ver qui s’est introduit dans le corps maçonnique vers le milieu de XVIII° siècle, époque où se développait la franc-maçonnerie par le biais d’organisations obédientielles qui, dans le même temps où elles participaient à son développement favorisaient les ambitions humaines.
Et il est évident que la franc-maçonnerie, association humaine, ne saurait être à l’abri des travers humains !
Aujourd’hui, prétendre revenir aux origines – non pas de la maçonnerie qui relève d’un temps immémorial – mais de certains écrits qui en traçaient son existence, c’est faire figure de naïveté.
Cette accusation de naïveté est la meilleure arme que ce ver, infiltré, grandi, développé dans le corps maçonnique, puisse utiliser pour contrer l’action de ceux qui veulent le déloger.
Cela est surprenant, et quelque peu consternant, lorsqu’on sait que ces écrits, écartés d’un revers de main, car uniquement tenus pour légendaires et donc sans valeur historique, figurent dans les rituels toujours en cours. Comment ne pas en déduire que nombre de maçons observent des rituels auxquels en fait ils n’accordent aucun crédit, ou comment déplorer que nombre de maçons ne connaissent de rituels que les falsifiés..
Que ressort-il de ces écrits et rituels ? Tout simplement :
Que l’Ordre maçonnique travaille à la gloire de Dieu, symboliquement dénommé « Grand Architecte de l’Univers » ; que le socle de ses travaux est la Bible et qu’elle est donc déiste en référence à l’Ancien Testament et Chrétienne en référence au Nouveau Testament, chrétienté entendue comme une adhésion à l’enseignement de Jésus-Christ ; que ses origines ne découlent pas spécifiquement des maçons constructeurs mais de sages antiques et d’esprits éclairés ; que sa « philosophie » prône l’union, la bienfaisance, le beau et le sage ; que son objet n’est pas d’être propagandiste d’un système politique ou social, non plus qu’antireligieux, tout au contraire même.
Pour preuve, qu’il nous suffise de nous référer au texte titré « Discours préliminaire », cité par le Frère De La Tierce (édition 1745) et donné pour avoir été prononcé en Grande Loge assemblée solennellement à Paris l’an 1740, par le Duc d’Antin, élu, en 1738, Grand Maître Général et Perpétuel des Loges de France, sous l’instigation du chevalier Ramsay. Notons que le texte de ce discours est en fait l’écrit du chevalier Ramsay lui-même, alors Grand Orateur.
Mais peu importe qu’il ait été écrit par l’un et prononcé par un autre, l’important est qu’il a été écrit et prononcé et nous présente une image de l’esprit maçonnique d’alors.
En voici quelques extraits :
«… Nous voulons réunir tous hommes d’un esprit éclairé, de mœurs douces et d’une humeur agréable, non seulement pour l’amour des beaux Arts, mais encore plus pour les grands principes de vertu, de science et de religion, où l’intérêt de Confraternité devient celui du genre humain entier, où toutes les Nations peuvent puiser des connaissances solides, et où les sujets de tous les Royaumes peuvent apprendre à se chérir mutuellement, sans renoncer à leur Patrie. Nos Ancêtres les Croisés, rassemblés de toutes les parties de la Chrétienté dans la terre sainte, voulurent réunir ainsi dans une seule Confraternité les particuliers de toutes les Nations. Quelle obligation n’a-y-on pas à ces hommes supérieurs qui, sans intérêt grossier, sans même écouter l’envie naturelle de dominer, ont imaginé un établissement, dont l’unique but est la réunion des esprits et des cœurs, pour les rendre meilleurs, et former, dans la suite des temps, une Nation toute spirituelle, où, sans déroger aux divers devoirs que la différences des Etats exige, on créera un Peuple nouveau qui, étant composé de plusieurs Nations, les cimentera toutes en quelque sorte par le lien de la vertu et de la science.
La saine morale est la seconde disposition requise dans notre Société. Les Ordre religieux furent établis pour rendre les hommes chrétiens parfaits ; les Ordres militaires pour inspirer l’amour de la vraie gloire ; et l’Ordre des Francs-Maçons pour former des hommes aimables, de bons Citoyen, de bons Sujets, inviolables dans leurs promesses, fidèles Adorateurs du Dieu de l’Amitié, plus amateur de la vertu que des récompenses… »
« … Comme une philosophie triste, sauvage et misanthrope dégoûte les hommes de la vertu, nos Ancêtres les Croisés voulurent la rendre aimable par l’attrait des plaisirs innocents, d’une musique agréable, d’une joie pure et d’une gaieté raisonnable. Nos festins ne sont pas ce que le monde profane et l’ignorant s’imaginent. Tous les vices du cœur et de l’esprit en sont bannis, et on en a proscrit l’irréligion et le libertinage, l’incrédulité et la débauche. Nos repas rassemblent à ces vertueux soupers d’Horace, où l’on s’entretenait de tout ce qui pouvait éclairer l’esprit, régler le cœur et inspirer le goût du vrai, du bon et du beau…. »
« … Ainsi les obligations que l’Ordre vous impose, sont de protéger vos Confrères par votre autorité, de les éclairer par vos lumières, de les édifier par vos vertus, de les secourir dans leurs besoins, de sacrifier tout ressentiment personnel et de rechercher tout ce qui peut contribuer à la paix et à l’union de la Société… »
«… Le nom de Francs-Maçons ne doit donc pas être pris dans un sens littéral, grossier et matériel, comme si nos Instituteurs avaient été de simples Ouvriers en pierre, ou des Génies purement curieux qui voulaient perfectionner les Arts. Ils étaient non seulement d’habiles Architectes qui voulaient consacrer leurs talents et leurs biens à la construction des Temples extérieurs, mais aussi des princes religieux et guerriers qui voulurent éclairer, édifier et protéger les Temples vivants du Très-Haut… »
« …Quelques-uns font remonter notre Institution jusqu’aux temps de Salomon, ou jusqu’à Moïse, d’autres jusqu’à Abraham, quelques-uns jusqu’à Noé et même jusqu’à Enoch qui bâtit la première Ville, ou jusqu’à Adam. Sans prétendre nier ces origines, je passe à des choses moins anciennes… «
« …Du temps des Croisades dans la Palestine, plusieurs princes, Seigneurs et Citoyens s’associèrent et firent vœux de rétablir les Temples des Chrétiens dans la terre Sainte et de s’employer à ramener leur Architecture à sa primitive institution. Ils convinrent de plusieurs signes anciens et de mots symboliques tirés du fond de la religion pour se reconnaître entre eux d’avec les Infidèles et les Sarrasins. On ne communiquait ces signes et ces paroles qu’à ceux qui promettaient solennellement, et souvent même au pied des Autels, de ne jamais les révéler. Cette promesse sacrée n’était donc pas un serment exécrable, comme ceux qui ne nous connaissent pas le débitent, mais un lien respectable, pour unir les Chrétiens de toutes les Nations dans une même Confraternité. Quelques temps après notre Ordre s’unit intimement avec les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem. Dès lors nos Loges portèrent toutes le nom de Loge de saint-Jean… »
« … Notre Ordre par conséquent ne doit pas être considéré comme un renouvellement des bacchanales, mais comme in Ordre moral fondé de toute antiquité, et renouvelé dans la terre Sainte par nos Ancêtres, pour rappeler le souvenir des vérités les plus sublimes, au milieu des innocents plaisirs de la Société. Les Rois, les Princes et les Seigneurs, au retour de la Palestine dans leurs Etats, y fondèrent diverses Loges. Du temps des Croisades on voyait déjà plusieurs Loges érigées en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France et de-là en Ecossa, à cause de l’étroite alliance des Ecossais avec les Français… »
« … peu à peu, nos Loges et nos solennités furent négligées dans la plupart des lieux. De là vient que de tant d’historiens ceux de la Grande Bretagne sont les seuls qui parlent de notre Ordre. Il se conserva néanmoins dans sa splendeur parmi les Ecossais, à qui nos Rois de France confièrent pendant plusieurs siècles la garde de leurs personnes Sacrées. Après les déplorables travers des Croisades, les dépérissements des Armées Chrétiennes… le grand Prince Edouard III Roi d’Angleterre, voyant qu’il n’y avait plus de sûreté pour les Confrères dans la terre Sainte, d’où les troupes Chrétiennes se retiraient les ramena tous, et cette colonie de Frères s’établie en Angleterre. Comme ce Prince avait tout ce qui fait les Héros, il aima les beaux Arts, se déclara protecteur de nôtre Ordre, leur accorda des privilèges, et alors les membres de cette Confraternité prirent le nom de Francs-maçons… »
« … Les fatales discordes de Religion qui embarrassèrent et qui déchirèrent l’Europe dans le seizième siècle, firent dégénérer l’Ordre de la Noblesse de son origine. On changea, on déguisa, on supprima plusieurs de nos rits et usages qui étaient contraires aux préjugés du temps. C’est ainsi que plusieurs de nos Confrères oublièrent l’esprit de nos Lois et n’en retinrent que la lettre et l’écorce… »
« … Des Iles Britanniques l’Art-Royal commence à repasser dans la France sous le règne du plus aimable des Rois, dont l’humanité anime toutes les vertus. Cette nation, la plus spirituelle de l’Europe, deviendra par la suite le centre de l’Ordre dont la base est la sagesse, la Force et la beauté du Génie…. »
Concernant la religiosité maçonnique, relevons que l’Ordre n’impose pas à ses membres une attache ecclésiale particulière. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que cette conception soit, en partie, une raison de la condamnation papale de l’époque.
Mais par la suite des temps, l’évolution des esprits, en France tout particulièrement, a peu à peu conduit a une modification, voire à un abandon progressif des critères déterminants de l’Ordre pour aboutir à cette notion de « libéralité », incompatible avec sa nature fondamentale.
Et cette malheureuse évolution a été, pour partie, facilitée par le développement obédientiel dont la conséquence a été de morceler la franc-maçonnerie en Institutions diverses, plus favorables aux ambitions humaines qu’à la volonté divine, jusqu’au point qu’un certain humanisme exacerbé a déifié l’homme et contribué à rejeter son Créateur.
Nous en sommes là aujourd’hui, et c’est pourquoi une restauration s’impose, non pas pour la gloire de l’Ordre maçonnique mais pour le salut du l’humanité qui constitue sa mission.
Cette restauration ne nécessite pas, du moins dans les temps présents, la disparition des obédiences, mais leur confédération, sur les bases traditionnelles s’entend, telles que celles énoncées dans le discours de 1740.
C’est dans ce sens que nous avons établi la « Nouvelle Constitution de la franc-maçonnerie restaurée » et appelons, tant les francs-maçons que les Institutions maçonniques qui y souscrirons, à nous rejoindre sur ce Chantier du XXI° siècle.